Le Rez-de-chausseur, c’est quoi ?

La qualité de vie d’un quartier se mesure à l’aune de la vitalité de ses pieds d’immeubles. Mais cette dernière semble aujourd’hui en danger. Dans les grandes agglomérations, les supérettes prolifèrent et avec elle, une forme de standardisation du paysage urbain. À l’inverse, dans les opérations neuves, pied d’immeuble rime trop souvent avec parpaings. Dans les villes moyennes comme dans les quartiers prioritaires, enfin, plane le spectre de la vacance. La ville contemporaine serait-elle un géant aux pieds d’argile ?

Pourtant, les initiatives pour animer les rez-de-chaussée ne manquent pas, alors que les institutions commencent, elles aussi, à prendre la mesure du sujet. Elles dessinent, chacune à leur manière, une problématique globale : celle du rez-de-chaussée comme « bien commun » urbain. 

En 2017, le Sens de la Ville lance le Rez-de-chausseur, saison 1 : une démarche de R&D visant à dresser un état des lieux des initiatives existantes, identifier d’éventuels dispositifs manquants et esquisser des partenariats pour une saison 2 qui sera, elle, une phase d’expérimentation. Elle est également un appel à destination des habitants, opérateurs, collectivités, structures d’aménagement ou investisseurs privés, invités à s’emparer d’un sujet plus que jamais d’actualité pour des villes à échelle humaine (J. Gehl).

Démarche en open source, le Rez-de-chausseur se raconte dans ce blog d’actualité, qui propose également des “portraits” de rez-de-chaussée remarquables.

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À Saint-Étienne, où la question de l’activation des rez-de-chaussée est très présente, et où l’on découvre des programmations parfois surprenantes…

Tournus, un virage porté par les habitants.

A Tournus, printemps 2017, un air nouveau souffle sur la ville : un nouveau maire issu d’un mouvement citoyen vient d’être élu. Cette ville de 6 000 habitants abritant quelques 120 commerces de proximité a bien failli voir émerger un centre commercial de 20 000m2 en entrée de ville, à proximité de l’autoroute du soleil… Mais c’était sans compter sur la mobilisation citoyenne de ses habitants pour sauver le centre-ville, mais aussi les équipements de proximité comme la salle des fêtes et le cinéma.

De la pétition, à la formation d’un collectif puis d’une liste municipale, jusqu’au déploiement de ses actions, retour sur le tournant politique de cette ville moyenne entre pression commerciale et solidarité locale, où la politique est devenue une affaire collective. Un podcast sur les limites du pouvoir du maire, une réflexion sur la démocratie locale et participative et sa portée, disponible en ligne ici !

 

 

De la boutique éphémère au Viaduc des Arts : la Fabrique Nomade se sédentarise !

Situé dans le 12ème arrondissement de Paris, l’ancien “Viaduc Daumesnil” restauré par Patrick Berger entre 1990 et 2000 pour devenir le “Viaduc des arts”, se compose aujourd’hui de 62 locaux sous voûte accueillant des créateurs et des artisans d’art. Depuis juillet 2018, la Fabrique Nomade s’y est installée. Ce sont sous ces voûtes, que nous sommes allés à la rencontre de cette association, lors du vernissage de sa troisième collection. Par la suite nous nous sommes entretenus avec Ghaïta Tauche-Luthi, responsable communication. Retour sur cette rencontre.

Une effervescence règne sous le Viaduc des Arts en ce mardi 11 décembre pour le vernissage de Traits d’Union 3, la troisième collection de la Fabrique Nomade. Fondatrice de l’association qui existe depuis 2016, Inès Mesmar rappelle la genèse du projet: en discutant un jour avec sa mère, elle découvre que celle-ci a été brodeuse à Tunis avant d’immigrer en France. Pour Inès, la raison d’être de la Fabrique Nomade s’éclaire, c’est de “lever les freins qui empêchentles artisans migrants et réfugiés d’exercer leur vrai métier” (barrière de la langue, démarches administratives, absence de réseau, difficultés à s’adapter au marché local…) en accompagnant leur insertion professionnelle en France. Recrutés par bouche à oreille ou via des réunions d’informations auprès des structures d’hébergement, les artisans sont accompagnés pendant 6 mois par des designers bénévoles. L’objectif est d’arriver, au bout d’une saison, à réaliser des objets pour les collections vendues par la Fabrique Nomade dans sa boutique du Viaduc des Arts.

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photo : le Sens de la Ville, “Sonia et Sacha, nos deux explorateurs pour le Rez-de-Chausseur”

Après le discours d’Inès, les artisans présentent leur parcours et leur métier, en binôme avec le designer qui les a accompagnés : Sana est ébéniste, Wadie vannier, Fadhila couturière, Jeannette réalise des imprimés textiles sur des bijoux en cuivre, Fayun est céramiste.Originaire d’Afghanistan, Burhan est lissier (fabricant de tapis) et pour qu’il puisse exercer son activité, la Fabrique a pu emprunter un métier à tisser à l’École Nationale des Arts Décoratifs. Responsable de la communication de la Fabrique Nomade, Ghaïta Tauche-Luthi ajoute :“certains ont vraiment des compétences de niche ; là, on peut jouer un rôle pour trouver des ressources et des contrats”.

Pour faire tourner la Fabrique, Inès Mesmar et Ghaïta Tauche-Luthi sont deux à travailler à temps plein, accompagnées depuis peu par une conseillère en insertion professionnelle. Plusieurs services civiques renforcent l’équipe, ce qui implique tout de même de “jongler avec la complexité de la transmission de postes, ce qui n’est pas facile”, confie Ghaïta, “tous les 7-8 mois, une nouvelle “saison” s’enclenche avec de nouveaux artisans, de nouveaux designers et une nouvelle équipe”. Pour chaque collection, des professionnels participent aussi au projet : directrice artistique, photographes, scénographes, designers…L’occasion de ce vernissage a aussi été l’occasion de s’interroger sur l’histoire itinérante de cette association. En effet, pour la première fois depuis sa création, toutes les activités de l’association sont regroupées au sein d’un même lieu.

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Photo : Le Parisien, “Paris : la Fabrique Nomade ouvre ses portes aux artisans réfugiés”, 30 Septembre 2018

Nichés dans cet interstice serpentant la ville entre Bastille et Porte Dorée, ces rez-de-chaussée sur-mesure dédiés à l’artisanat et à la création participent à l’animation de l’avenue permise par la transparence des vitrines et offrent un vrai spectacle aux piétons. Ici, le rez-de-chaussée s’ouvre ainsi sur un showroom, la boutique et espaces d’animation d’ateliers alors que le sous-sol accueille les ateliers des artisans et la mezzanine héberge les bureaux.

Mais avant d’en arriver là, la Fabrique Nomade a fait plusieurs escales. Celle-ci a d’abord fonctionné de manière éclatée entre le makerspace Ici Montreuil et l’espace de coworking La Ruche. Puis, grâce à la mairie de Paris et au GIE Paris Commerces[1], l’association a emménagé dans le local d’une ancienne banque du 19e arrondissement mis à la disposition de façon temporaire, sous la forme d’une convention de mise à disposition. C’est donc dans le quartier Danube-Solidarité (19ème), que la Fabrique Nomade s’est installée dans un second temps, entre les Buttes Chaumont et la Porte de Pantin. Les anciens guichets se sont ainsi transformés en bureaux, les cours de langue y ont également trouvé leur place, et le coffre-fort s’est métamorphosé en atelier de menuiserie. Malgré sa vitrine sur rue et ses ateliers gratuit, la Fabrique Nomade n’a pas pu créer une vraie relation de quartier, restant assez excentrée, et ne captant pas un flux de public suffisant.

En juillet, La Fabrique Nomade s’installe au Viaduc des Arts, dans un espace de 300m2. La ville de Paris en est propriétaire et concède la gestion ainsi que la commercialisation du Viaduc à la SEMAEST, dans le cadre d’un bail emphytéotique. Cette installation est une belle fenêtre d’opportunités pour favoriser l’insertion professionnelle des artisans, l’animation d’ateliers de pratique artisanale et les ventes d’objets de la collection.

A l’avenir, l’association souhaite “augmenter un peu le nombre de résidents, de faire une vraie certification “La Fabrique Nomade” qui soit reconnue, pour que les artisans, une fois qu’ils sortent, aient comme un diplôme, pour qu’ils aient accès à ce type de reconnaissance” ! Tout un programme pour la Fabrique Nomade en devenir !

 


[1]Structure regroupant les trois bailleurs sociaux de la ville de Paris, Paris Habitat, RIVP et Elogie SIEMP

Au Royaume-Uni, “coup de froid sur les commerces” en centre-ville

Au Royaume-Uni, la vacance commerciale touche la plupart des villes secondaires du pays. Cette véritable crise des commerces en centre-ville s’explique entre autres par la concurrence d’Internet – le commerce électronique représente 15% des ventes totales au Royaume-Uni, contre 10% en Allemagne et 8% en France-,  les retombées de la crise financière de 2008 ou encore l’augmentation des impôts sur les fonds de commerce, augmentation destinée à renflouer les budgets municipaux.

Un article du Monde (réservé aux abonnés) analyse le cas de la ville d’Aldershot, à quarante-cinq minutes en train de Londres.

Décroissance urbaine et initiatives citoyennes en rez-de-chaussée

A Saint-Etienne, en analysant un projet de redynamisation de rez-de-chaussée vacants par l’association locale Rues du Développement Durable, les chercheuses Christelle Morel Journel et Valérie Sala Pala questionnent le concept de « droit à la ville » dans un contexte de décroissance urbaine. A lire, ici.

” Les acteurs impliqués dans les expérimentations en cours (…) rencontrés à Saint-Étienne soulignent ainsi les opportunités qu’offre le contexte de décroissance pour le déploiement de leurs initiatives : la disponibilité de nombreux espaces et leur facilité d’accès économique pour des activités associatives ou artistiques ; un relatif brassage social, ethnique et culturel ; l’attention des pouvoirs publics, limités dans leurs moyens d’agir par la faiblesse des ressources fiscales, et le soutien d’acteurs privés engagés depuis longtemps dans le renouvellement urbain ; l’existence d’interstices faisant l’objet d’un faible contrôle et donc susceptibles d’être investis comme un « terrain de jeu ». Ils évoquent enfin l’« authenticité » et l’« état d’esprit » d’une ville postindustrielle échappant en partie à leurs yeux à la normalisation marchande et accordent une haute valeur symbolique aux traces urbaines héritées de l’histoire ouvrière (Rautenberg et Védrine 2017).” 

 

Balade en rez-de-chaussée (3) – Gratte-Ciel à Villeurbanne : un centre-ville commercial singulier

Le Sens de la Ville a missionné cinq étudiants du Cycle d’urbanisme de l’Ecole Urbaine de Sciences Po Paris pour prolonger sa recherche sur la fabrique urbaine des rez-de-chaussée. A travers la série “Balades en rez-de-chaussée”, ils partagent leurs explorations des pieds d’immeubles métropolitains. Dernier épisode de la série à découvrir ci-dessous !

Construits dans les années 1930, le quartier des Gratte-Ciel constituent le cœur urbain de Villeurbanne dans la banlieue lyonnaise. Ce quartier se caractérise par une architecture hygiéniste et monumentale, un parc social important et des équipements emblématiques comme le Théâtre National Populaire. La Société Villeurbannaise d’Urbanisme est le bailleur unique du quartier. Depuis 2012, elle s’est dotée d’un service de management de centre-ville : Destination Gratte-Ciel. Déambulation dans un centre-ville commerçant qui marche.

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Vacance à rez-de-chaussée dans les quartiers neufs : même combat aux États-Unis. 

Here’s the more common picture: a cookie-cutter five story apartment building over a vacant commercial space. This image is probably also familiar to you if you live in one of those cities experiencing an urban growth spurt. (…) At first, the whole scene just didn’t make sense to me. What business owner wouldn’t want to move into a brand new space with freshly painted walls, new windows and a blank canvas to lay out in whatever way suited the needs of the business? Why were these storefronts sitting empty?

Retrouvez ici la suite de l’article “What’s up with those empty commercial storefronts in new mixed-used developments?” du magazine en ligne Strongtowns.

Balade en rez-de-chaussée (2) – ZAC du Port à Pantin : quand le rez-de-chaussée attend la ville

Le Sens de la Ville a missionné cinq étudiants du Cycle d’urbanisme de l’Ecole Urbaine de Sciences Po Paris pour cartographier les acteurs de la fabrique urbaine des rez-de-chaussée et en explorer les enjeux émergents. À travers la série “Balades en rez-de-chaussée”, ils partagent leurs explorations des pieds d’immeubles métropolitains.

Rencontre avec les premiers occupants des rez-de-chaussée de la Zac du Port à Pantin, qui attend l’effervescence et le flux promis par l’opération d’aménagement de la Plaine de l’Ourcq. Entre les parpaings, les “pionniers” affichent une belle diversité : atelier de réparation de vélo, céramistes, opticien ou tout simplement habitant d’un logement sur rue. Tous témoignent de la complexité de cette période d’amorçage.

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Balade en rez-de-chaussée (1) – À Bonneuil-sur-Marne, une nouvelle dynamique commerciale pour le quartier République

Le Sens de la Ville a missionné cinq étudiants du Cycle d’urbanisme de l’Ecole Urbaine de Sciences Po Paris pour cartographier les acteurs de la fabrique urbaine des rez-de-chaussée et en explorer les enjeux émergents. À travers la série “Balades en rez-de-chaussée”, ils partagent leurs explorations des pieds d’immeubles métropolitains.

Une galerie commerciale vieillissante, une fréquentation en baisse, un sentiment d’insécurité : tous les ingrédients étaient réunis pour envisager la fermeture des commerces de proximité du quartier de la République, à Bonneuil-sur-Marne (94). Heureusement, il n’en est rien. Les commerçants ont décidé de se battre, ensemble. Ils ont réussi à alerter la puissance publique sur la nécessité de requalifier leur polarité commerciale vieillissante dans le cadre d’un projet de rénovation urbaine.

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