Balade en rez-de-chaussée (3) – Gratte-Ciel à Villeurbanne : un centre-ville commercial singulier

Le Sens de la Ville a missionné cinq étudiants du Cycle d’urbanisme de l’Ecole Urbaine de Sciences Po Paris pour prolonger sa recherche sur la fabrique urbaine des rez-de-chaussée. A travers la série “Balades en rez-de-chaussée”, ils partagent leurs explorations des pieds d’immeubles métropolitains. Dernier épisode de la série à découvrir ci-dessous !

Construits dans les années 1930, le quartier des Gratte-Ciel constituent le cœur urbain de Villeurbanne dans la banlieue lyonnaise. Ce quartier se caractérise par une architecture hygiéniste et monumentale, un parc social important et des équipements emblématiques comme le Théâtre National Populaire. La Société Villeurbannaise d’Urbanisme est le bailleur unique du quartier. Depuis 2012, elle s’est dotée d’un service de management de centre-ville : Destination Gratte-Ciel. Déambulation dans un centre-ville commerçant qui marche.

Le PMU du coin, un modèle de mixité ?

Le samedi, c’est jour de marché sur la place du Chanoine Boursier. Nous nous arrêtons au café « Le Petit Bar », à l’angle de la place. Il y a foule. Beaucoup d’hommes, quelques femmes, des jeunes, des plus vieux, des enfants, un chien. « Trouve-leur cinq places, Raymond ! »lance la serveuse qui nous accueille. A première vue, cela semble impossible, le café est plein à craquer. Raymond nous fait tout de même avancer dans le fond du bar, parlemente avec les clients. Une mère et ses enfants nous cèdent la place : « ici, c’est la famille ». Un petit détour par la boulangerie d’à côté, nous voilà tous les cinq ravis autour d’un petit-déjeuner complet. « On ne comprend pas pourquoi notre loyer est plus élevé que celui de certains autres commerçants du quartier » nous indique la serveuse au comptoir.

boulenMaison Bettant, boulangerie indépendante et traversante 

C’est la SVU, la Société Villeurbannaise d’Urbanisme, qui détient le local du Petit Bar. Tout comme l’ensemble des locaux commerciaux de l’avenue Henri Barbusse, mitoyenne.

Une complémentarité entre enseignes et indépendants

La SVU, en tant que bailleur, fixe une grille différenciée de loyers de manière à permettre une péréquation entre les différents types de commerces. Les « autres commerçants du quartier », ce sont des franchises et des indépendants. La cordonnière, par exemple, travaille dans le quartier depuis vingt ans et choisit ses heures d’ouverture. Elle a toujours été en bons termes avec la SVU. Elle paye un loyer de 670 euros par mois. Elle ne trouverait jamais cette opportunité à Lyon.

« Ça a beaucoup changé ici : avant, il y avait beaucoup de commerces familiaux. Maintenant, la SVU installe des franchises. Leur but, c’est de ne pas avoir de problème. Par exemple, pour le McDo à l’angle, ils ont regroupé quatre magasins […]. Ils soutiennent quand même les commerçants indépendants comme Lola Victoria, les jeunes traiteurs d’en face, … » témoigne-t-elle. Lors de l’implantation d’un McDo aux Gratte-Ciel en 2016, la SVU a joué un rôle de médiateur entre “pro” et “anti”, soulignant la création d’emplois et d’un lieu familial, à destination des jeunes.

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La SVU, un médiateur commercial à l’échelle du quartier (CC Atelier Le Sens de la Ville – SciencesPo)

De son côté, la gérante d’une boutique d’équipement de la personne avance que : « les responsables dans les grandes chaînes ne font plus du commerce mais simplement de la gestion. Moi, j’ai choisi le contact humain. Ici, les commerces indépendants, traditionnels tels que les traiteurs, la boulangerie, donnent une âme à la rue ». Un loyer réduit lui permet de pratiquer des prix deux fois plus faibles qu’à Lyon sur des produits équivalents. Elle s’assure ainsi une clientèle fidèle et un rayonnement au-delà de Villeurbanne.

Petit point sur l’espace public : les trottoirs sont larges, suffisamment pour accueillir des terrasses de restaurant. Ils comprennent des voies cyclables des deux côtés de la route. Des rangées d’arbres séparent les piétons et les cyclistes de stationnements. Les halls d’immeubles aux hauteurs imposantes et aux portes élégantes rythment le linéaire commercial.

La SVU, un bailleur couteau-suisse

La SVU gère à la fois les locaux en rez-de-chaussée et les premiers étages, dédiés à des activités libérales ou sportives par exemple. Elle est bailleur de l’ensemble des logements des Gratte-Ciel depuis leur construction en 1927. Elle s’est dotée d’un management de centre-ville « Destination Gratte-Ciel ». Forte de son succès, cette méthode sera reproduite dans le cadre du prolongement commercial de l’avenue Henri Barbusse d’ici 2024, au nord du cours Emile Zola. La SVU se positionne comme futur opérateur des 17 750 m2 de commerces du futur projet. Elle a signé un partenariat avec la Caisse des Dépôts afin de créer une foncière commerciale, la SAS Gratte-Ciel Développement, chargée de porter les rez-de-chaussée commerciaux de la nouvelle opération en privilégiant une mixité programmatique : par exemple, le Zola, cinéma associatif historique des Gratte-Ciel, sera intégré en pied d’immeuble au sein du futur projet urbain.

A défaut d’être reproductible du fait notamment de son historicité, le modèle de gestion des rez-de-chaussée de la SVU se distingue à la fois par la péréquation économique et la diversité programmatique qu’elle cherche à mettre en œuvre, et par sa maîtrise cohérente et dynamique de l’espace public (harmonisation des enseignes, événementiel, ….).

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