Balade en rez-de-chaussée (2) – ZAC du Port à Pantin : quand le rez-de-chaussée attend la ville

Le Sens de la Ville a missionné cinq étudiants du Cycle d’urbanisme de l’Ecole Urbaine de Sciences Po Paris pour cartographier les acteurs de la fabrique urbaine des rez-de-chaussée et en explorer les enjeux émergents. À travers la série “Balades en rez-de-chaussée”, ils partagent leurs explorations des pieds d’immeubles métropolitains.

Rencontre avec les premiers occupants des rez-de-chaussée de la Zac du Port à Pantin, qui attend l’effervescence et le flux promis par l’opération d’aménagement de la Plaine de l’Ourcq. Entre les parpaings, les “pionniers” affichent une belle diversité : atelier de réparation de vélo, céramistes, opticien ou tout simplement habitant d’un logement sur rue. Tous témoignent de la complexité de cette période d’amorçage.

Au rythme des pendulaires   

Assis à la terrasse du café, face à nous, la place de l’Église de Pantin. Nous pouvons observer la foule qui depuis le métro rejoint les Magasins Généraux, ancien site industriel devenus en 2016 le siège de l’agence de communication BETC. Cette population créative vient quotidiennement “coloniser” les berges du canal de l’Ourcq. Nous décidons de suivre le mouvement pour nous rapprocher de notre objectif, la ZAC (zone d’aménagement concerté) du Port à Pantin. Le flot de personnes que nous suivons s’engouffre dans le bâtiment. Leur journée sera ponctuée de pauses dans la cafétéria interne. Ils y resteront jusqu’à 19h, le moment pour eux de reprendre le métro et rejoindre leur logement, de l’autre côté du périphérique… La ZAC du Port s’inscrit dans un projet global d’échelle métropolitaine, celui de la Plaine de l’Ourcq. Il s’agit d’une opération mixte alliant bureaux, logements, activités et équipements publics dont l’aménagement a été confié à Sequano Aménagement pour le compte de l’Etablissement Public Territorial Est Ensemble.

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Les bécanes d’Antoine, un commerce nouvelle génération

Au cœur de la ZAC, les différents bâtiments qui font face au canal jouent avec les hauteurs. Des épannelages variés permettent l’apport de lumière naturelle, l’ensemble étant relié à rez-de-chaussée par un socle commun. Toutes les coques n’ont pas encore été vendues ou louées, d’où la série de parpaings peints en blanc qui permettent de ‘sécuriser’ ces locaux vides de vie. «Ce qui a été raté dans ce quartier, c’est l’absence de maîtrise des loyers», nous dévoile le propriétaire d’un local artisanal en rez-de-chaussée, les Bécanes d’Antoine. Emblématique du commerce nouvelle génération, Antoine vend des vélos et des bières. Son local comprend un atelier de réparation de vélo et un espace-vente pour les cyclistes : une offre hybride qui a su séduire Est ensemble. Néanmoins, il semblerait que le niveau de loyers n’ait pas pu être maitrisé en raison de coûts importants liés à la dépollution du site. Le prix élevé du terrain acheté par le promoteur Nexity, en charge de l’opération, se reporte donc dans les prix de sortie des locaux commerciaux (loyer  : 2400€ mensuels pour 80 m2). Face à ce montant, Antoine a décidé d’acheter le local, une démarche plus rentable qui nécessite un soutien financier : les banques étant frileuses, il a du se tourner vers une connaissance en mesure d’assumer l’engagement financier. «C’est ultra bien placé, mais c’est encore le début» constate-t-il. L’opération, qui a débuté en 2014, est livrée depuis quelques mois seulement. La reconquête des berges du canal prend du temps, la «promenade» le long de l’eau s’arrête brutalement devant des barrières de chantier. L’emplacement de l’atelier semble parfait pour l’activité d’Antoine, bien que les flux de piétons et de cyclistes espérés au moment de l’achat du local se fassent encore attendre…

Le chemin de halage, une frontière invisible

Le long du canal, nous poursuivons notre route sur le Chemin de Halage, délimité par la distance entre le canal et les bâtiments (8 mètres). Cette épaisseur est partagée entre deux propriétaires, la Mairie de Paris et la Mairie de Pantin. La morphologie de l’opération a été dictée par cette condition, la limite bâtie de l’opération étant définie par la limite administrative. En effet, si la Zac de Pantin empiète sur le “territoire” parisien, elle doit s’acquitter d’une redevance de vue. La distinction franche entre les deux espaces, symbolisée au sol par un rail végétalisé, complexifie la gestion et la maintenance de cet ‘espace partagé’. Pour Antoine et ses vélos, il faut déposer une demande d’occupation temporaire auprès des services de la Mairie de Paris pour s’étendre au-delà de cette limite.

L’atelier au bord de l’O, vue sur le canal

Au détour d’un îlot, nous rencontrons une céramiste, Noëlla Staykov, locataire de L’atelier au bord de l’O. Il s’agit d’un local partagé de 40 m2 qui accueille trois céramistes, deux fours de cuisson et une salle d’eau. «La propriétaire, Karine, a du sous louer à deux autres céramistes pour rentrer dans ses frais». Afin de rendre possible leur activité, les céramistes ont mutualisé leur espace de travail et leur matériel. Il semble que la vue directe sur le canal inspire ces femmes.

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L’habitant… est aussi un travailleur

Quelques mètres plus loin, nous nous retrouvons face à un jardin d’hiver, un espace tampon décoré d’objets personnels qui fait le lien entre l’intimité du logement en rez-de-chaussée et l’espace public. Les prix d’acquisition n’étant pas plus avantageux qu’un appartement dans les étages, l’habitant a choisi cet appartement car il est “atypique” et possède une belle vue sur le canal. Il n’a pas plus de temps à nous consacrer : son logement lui sert également de bureau, et il est en pleine réunion téléphonique.

L’opticienne du quartier

Les opticiens sont soumis à un quota par zone. Pour Memphis Optical, l’installation a été relativement facile. L’opticienne loue son local à Nexity et n’a eu aucun problème à défendre son projet auprès des banques. C’est la première à s’être installée dans le quartier. Néanmoins, les restrictions étaient fortes en façade. Un cahier de charges régit les enseignes et les éléments qui débordent sur l’espace public. Ainsi, l’opticienne a pu installer l’enseigne propre à la profession, des lunettes lumineuses, mais rien de plus. Le rideau de fer qui permet de sécuriser la boutique doit se trouver à l’intérieur pour ne pas dénaturer la rue aux horaires de fermeture de la boutique. «Du monde, il n’y en a pas trop » constate l’opticienne, elle aussi dans l’attente que le quartier prenne…

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